Salle de réunion d’entreprise vide, table en bois avec carnet ouvert et code juridique, symbolisant la responsabilité de l’employeur et la prévention des risques au travail.

Responsabilité de l’employeur : ce que disent les jurisprudences

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La responsabilité de l’employeur n’est plus un principe abstrait du droit du travail.
Les juridictions françaises en font aujourd’hui une lecture concrète, exigeante et contextualisée.

Ce que les juges examinent désormais n’est pas seulement ce que l’entreprise a prévu,
mais ce qu’elle a réellement compris, anticipé et traité.

Les décisions récentes marquent un tournant :
la responsabilité ne se joue plus au moment de la crise,
mais bien en amont, dans la capacité de l’organisation à lire ses propres signaux faibles.

Une obligation de sécurité devenue pleinement opérationnelle

L’obligation de sécurité de l’employeur est connue.
Ce qui change, c’est la manière dont elle est appréciée.

La Cour de cassation rappelle de façon constante que l’employeur doit prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des salariés.

Mais les décisions récentes en 2025 vont plus loin : elles interrogent la qualité réelle de la prévention.

Un DUERP à jour, un dispositif d’alerte ou un baromètre interne ne suffisent plus à démontrer que l’employeur a rempli ses obligations, dès lors que :

  • les risques étaient identifiables,
  • les alertes existaient, même informelles,
  • et que les réponses apportées sont restées superficielles ou tardives.

Ce que disent les jurisprudences les plus récentes

Plusieurs décisions rendent explicite cette évolution.

Dans un arrêt du 11 juin 2025 (Cass. soc., n°24-13.083), la Cour de cassation affirme que l’employeur doit assurer l’effectivité de ses mesures de prévention, en tenant compte notamment des préconisations du médecin du travail, y compris pour des situations complexes ou décentralisées.

 Dans une décision de fin 2025, les juges ont considéré que l’employeur ne peut pas s’exonérer de sa responsabilité en invoquant l’absence de signalement formel, dès lors que des éléments objectifs de risques existaient, même s’ils avaient été exprimés de façon informelle.

 Dans une autre décision récente, toujours en 2025, la Cour a rappelé que l’employeur est tenu d’ajuster ses mesures dès lors que les conditions de travail évoluent et que des signaux faibles sont présents — avant même l’apparition de conséquences visibles.

Ces décisions convergent vers un même principe :

« L’inaction, même silencieuse, devient juridiquement interprétable. »

La prévention vue par les juges : au-delà des outils

Les juridictions ne raisonnent plus en termes de dispositifs, mais en termes de réalité vécue.

Ce qui est examiné :

  • la capacité de l’entreprise à comprendre le travail réel,
  • la cohérence entre les alertes et les décisions prises,
  • la temporalité de la réponse managériale et organisationnelle.

Une prévention qui reste déclarative ou standardisée est désormais insuffisante.
Les juges attendent une démarche vivante, contextualisée, traçable.

C’est précisément là que de nombreuses organisations se fragilisent, souvent sans en avoir conscience.

(Voir également notre analyse sur les limites des baromètres internes et notre article dédié à la conduite des enquêtes internes sensibles.)

Exemple anonymisé : quand l’absence d’alerte ne protège plus

Dans une entreprise de services d’environ 250 salariés, plusieurs signaux informels faisaient état d’une surcharge durable et d’une dégradation du climat au sein d’une équipe support.

Aucune alerte formelle n’avait été déposée.
Aucun arrêt maladie massif n’était constaté.

Lors du contentieux, les juges ont retenu que :

  • la répétition des signaux,
  • les indicateurs RH disponibles,
  • et les échanges internes existants

étaient suffisants pour considérer que l’employeur aurait dû identifier le risque et engager une analyse approfondie du travail réel.

L’absence de réaction structurée a été interprétée comme un manquement à l’obligation de sécurité.

Des risques juridiques élargis… et durables

La responsabilité de l’employeur ne se limite plus à une exposition prud’homale.

Elle peut entraîner :

  • la reconnaissance d’une faute inexcusable,
  • des condamnations financières significatives,
  • une mise en cause pénale dans certaines configurations,
  • mais aussi une perte durable de crédibilité managériale.

Ce dernier point est souvent sous-estimé.
Une organisation qui agit trop tard laisse une trace interne, même lorsque le dossier est juridiquement clos.

Pourquoi l’expertise externe devient un facteur de sécurisation

Les décisions récentes montrent un élément clé :
les juges valorisent la capacité de l’employeur à reconnaître ses limites d’analyse.

Solliciter une expertise externe indépendante n’est pas perçu comme un aveu de faiblesse.
C’est souvent un élément démontrant :

  • une démarche sincère,
  • une volonté de compréhension du travail réel,
  • et une prise de décision éclairée.

C’est également ce qui permet d’objectiver les situations avant qu’elles ne deviennent contentieuses.

En conclusion

La responsabilité de l’employeur n’est plus une question de conformité.
C’est une question de lecture fine des organisations.

Les jurisprudences récentes (2025) sont claires :
ce qui n’est pas vu, compris ou traité à temps engage désormais la responsabilité.

La vraie question n’est plus :

« Avons-nous mis en place des outils ? »

Mais :

« Avons-nous réellement compris ce qui se jouait dans notre organisation ? »

 

FAQ – Responsabilité employeur et jurisprudence récente

L’employeur est-il automatiquement responsable en cas de RPS ?
Non. Mais sa responsabilité peut être engagée s’il n’a pas démontré une démarche de prévention adaptée, proportionnée et contextualisée.

L’absence de signalement formel protège-t-elle l’entreprise ?
De moins en moins. Les juges examinent la capacité de l’employeur à identifier des risques objectivement visibles.

Les outils internes suffisent-ils à sécuriser juridiquement l’employeur ?
Non. Les juridictions évaluent leur mise en œuvre réelle et leur efficacité concrète.

Quand faut-il recourir à une expertise externe ?
Dès lors que les signaux deviennent complexes, diffus ou que l’organisation ne parvient plus à analyser seule le travail réel.

Le DUERP reste-t-il un élément central ?
Oui, mais il ne constitue qu’un point de départ. Ce sont les décisions et actions qui en découlent qui sont évaluées.

Aller plus loin

Lorsque la situation devient juridiquement sensible,
l’enjeu n’est plus de rassurer, mais de sécuriser.

Les interventions de Performance RH visent précisément à analyser le travail réel, objectiver les risques et éclairer les décisions avant qu’elles ne deviennent contentieuses.

 Nous contacter pour un échange confidentiel.

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