Dans la plupart des organisations, les injonctions contradictoires ne sont pas perçues comme un risque. Elles sont considérées comme une “difficulté du métier”, une “tension normale”, voire une “preuve de polyvalence”. Pourtant, lorsqu’on observe le travail réel, elles constituent l’un des moteurs les plus puissants des risques psychosociaux, en particulier chez les managers et les fonctions intermédiaires.
Contrairement à ce que beaucoup de DRH imaginent, les injonctions contradictoires peuvent être objectivées, mises en évidence, analysées, et surtout réduites.
Encore faut-il disposer d’une méthodologie adaptée, capable de révéler ce que les tableaux de bord ne montrent jamais : les contradictions internes qui empêchent les salariés de tenir leur rôle.
Les entreprises qui apprennent à mesurer ces tensions ne font pas qu’améliorer la QVCT : elles renforcent la performance organisationnelle, stabilisent leurs équipes et réduisent drastiquement les situations de surcharge et d’épuisement professionnel.
Pourquoi les injonctions contradictoires ne sont presque jamais vues comme un risque
L’injonction contradictoire n’est pas une tension évidente. Elle est subtile, souvent bien masquée et socialement acceptée comme “la réalité du terrain”. On demande à des collaborateurs de travailler plus vite… tout en augmentant la qualité. D’être autonomes… tout en respectant des processus rigidifiés. De protéger les équipes… tout en satisfaisant des exigences irréalistes de production ou de clients.
Ces contradictions sont tellement intégrées dans les systèmes de travail qu’elles ne sont plus questionnées. Elles créent pourtant un climat de travail où chaque action comporte une part de renoncement, où chaque arbitrage laisse une zone de culpabilité, où chaque décision implique une petite transgression des objectifs fixés.
C’est précisément cette impossibilité de satisfaire simultanément toutes les exigences qui génère du stress chronique, de la fatigue décisionnelle et, à terme, un risque de rupture psychique.
Une réalité que les indicateurs classiques ne détectent pas
Les outils de pilotage classiques – tableaux de bord, KPI, objectifs trimestriels – ne permettent pas de détecter les contradictions. Ils mesurent des performances attendues, pas les conditions réelles dans lesquelles ces performances doivent être produites.
L’injonction contradictoire n’apparaît jamais dans un indicateur.
Elle apparaît dans les écarts entre :
– ce que l’on demande,
– ce que l’on peut réellement faire,
– et ce que l’on est contraint de sacrifier.
Elle est perceptible dans les paroles informelles :
« Je fais ce que je peux. »
« On ne peut pas faire tout ça en même temps. »
« Je suis obligé de choisir. »
« On ne nous laisse pas de marges. »
Pour la repérer, il faut des méthodes qualitatives, une lecture clinique du travail, et une capacité à écouter ce qui ne se dit pas explicitement.
Mesurer les injonctions contradictoires : une approche experte du travail réel
Contrairement à la croyance courante, les injonctions contradictoires peuvent être mesurées. Pas avec des chiffres. Mais avec des preuves de terrain, des traces d’activité, des indicateurs qualitatifs structurés et une analyse systémique.
Un expert RPS ne “devine” pas les contradictions. Il les met en évidence en étudiant :
– les attentes de la direction,
– les contraintes opérationnelles,
– les outils et leur logique (souvent opposée à celle du terrain),
– les situations de travail critiques,
– les arbitrages impossibles,
– les renoncements explicites ou implicites,
– les écarts entre le prescrit et le réel.
Cette méthodologie permet de produire des cartographies d’injonctions contradictoires, utiles pour les DRH comme pour les CODIR, afin d’agir sur la structure elle-même, et pas seulement sur les individus.
Cas concrets issus de nos interventions (prénoms modifiés)
Hugo, service client
Hugo reçoit des consignes strictes : réduire le temps de traitement tout en augmentant la qualité relationnelle. Après plusieurs mois d’accompagnement, il nous explique qu’il doit “choisir entre être humain ou performant”. Le diagnostic montre que les objectifs imposent deux actions incompatibles dans le temps imparti. La contradiction n’est pas individuelle : elle est intégrée à la manière dont l’activité est pilotée.
Sarah, encadrante
Sarah doit protéger son équipe, mais doit simultanément accepter les dépassements d’horaire exigés par le client. Elle porte cette tension seule, au point d’en perdre le sommeil. En analysant avec elle les logiques de travail, nous révélons une double contrainte structurelle qu’aucun indicateur n’avait fait remonter.
Damien, manager opérationnel
Damien doit maintenir les objectifs, mais on lui retire la moitié des ressources pour une réorganisation temporaire. Il ne peut plus garantir ni délai ni qualité. Le diagnostic met en évidence que la direction n’a pas ajusté les objectifs, créant un conflit de rôle impossible à tenir.
Dans ces trois situations, les injonctions contradictoires n’étaient pas visibles pour la direction. Aucune n’était un problème individuel. Chacune avait un impact organisationnel majeur.
Les effets psychologiques mesurables des contradictions internes
Le conflit de règles génère des effets psychiques clairs :
– une surcharge des fonctions exécutives,
– une fatigue décisionnelle,
– une baisse de la motivation,
– un sentiment d’échec malgré les efforts,
– une perte de sens,
– un épuisement émotionnel.
Au niveau organisationnel, il entraîne :
– un turnover,
– une instabilité du collectif,
– une baisse qualitative,
– une perte de créativité et d’initiative.
L’injonction contradictoire est donc un puissant prédicteur de risques psychosociaux. Sa mesure n’est pas seulement possible : elle est indispensable.
Pourquoi les entreprises doivent apprendre à les mesurer
Comprendre et objectiver les contradictions structurelles permet de :
– réduire la surcharge,
– restaurer les marges de manœuvre,
– réaligner les objectifs sur le réel,
– protéger les managers,
– prévenir l’épuisement,
– stabiliser les collectifs,
– soutenir la performance durable.
Une organisation qui identifie ses contradictions réduit drastiquement les risques psychosociaux.
Une organisation qui refuse de les voir produit, malgré elle, un terrain fertile pour l’épuisement professionnel.
Les injonctions contradictoires ne sont pas une fatalité. Elles peuvent être identifiées, analysées, objectivées, et traitées. Elles font partie des risques structurels que seules des approches expertes du travail réel permettent de révéler. Les entreprises qui décident de s’y attaquer protègent non seulement leurs collaborateurs, mais également leur performance à long terme.
Pour les DRH, DG, managers et responsables QVCT, comprendre ces mécanismes n’est plus un enjeu annexe : c’est une condition de survie organisationnelle.
Votre organisation veut identifier ses injonctions contradictoires, comprendre leurs impacts, prévenir les RPS et accompagner ses managers ?
Les experts Performance RH réalisent des analyses du travail réel, des diagnostics RPS, des accompagnements managériaux et des cartographies précises des contradictions qui déstabilisent vos équipes.
Nous intervenons pour éclairer ce que vos indicateurs ne voient pas.
FAQ – Injonctions contradictoires & RPS
1. Une injonction contradictoire peut-elle être mesurée objectivement ?
Oui. Elle se mesure en analysant les écarts entre les missions, les moyens, les objectifs et les arbitrages nécessaires pour tenir le poste.
2. Les injonctions contradictoires relèvent-elles d’un problème individuel ?
Non. Elles sont presque toujours le résultat d’un défaut de régulation organisationnelle.
3. Quels sont les premiers signaux d’alerte chez les équipes ?
Une baisse d’engagement, des tensions internes, une fatigue décisionnelle, un sentiment d’impuissance.
4. Comment un expert identifie-t-il une injonction contradictoire ?
En observant le travail réel, les conflits de rôle, les renoncements invisibles et les zones où les objectifs s’opposent.
5. Que gagne une entreprise à les traiter ?
Moins de surcharge, plus de cohérence, une baisse des risques psychosociaux, une meilleure performance, et une stabilité accrue des équipes et des managers.









